Le Miracle de la Vierge


Outre l'extermination des Giovannali, une seconde hypothèse existe concernant le déplacement du Couvent vers ce nouveau lieu plus adapté qui serait directement lié à la vénération de la Vierge à la Cerise.

 

Vers 1460, Fra Pietro Da Brieta d’Oletta fut à la fois le témoin et le protagoniste d’un miracle qui s’accomplit au Couvent, miracle à la suite duquel le retable de la Vierge fut considéré miraculeux et Fra Pietro Da Brieta fut fait « bienheureux » après sa mort survenue au couvent de Biguglia en 1478. Si tel était le cas, les répercussions dues à ces manifestations de piété et de ferveur auraient conduit les moines à déplacer l’ancien couvent mal adapté vers un nouveau lieu plus propice. Dans tous les cas, le nouveau couvent existe bien à son emplacement actuel en 1587.

 

Pour en revenir au tableau miraculeux, il s’agit d’une icône représentant « la Vierge à la Cerise » qui est attribué au peintre siennois SANO DI PIETRO (1406-1481) auteur de très nombreuses œuvres dont la grande majorité sont des représentations de la Vierge.

 

SANO DI PIETRO fut un élève de SASSETTA qui était probablement le plus grand des peintres siennois du début du 15ème siècle. Ils appartenaient à la période picturale communément appelée « les primitifs italiens ». Précurseurs de la Renaissance, les peintres italiens des 13ème et 14ème siècles créent à partir du modèle traditionnel régnant en Italie depuis des siècles, un nouvel art de peindre basé sur l’humanisation de la figure, l’introduction du paysage dans le cadre pictural et les premières tentatives de création de peinture architecturale. Leur créativité se traduit par une production intense d’œuvres ou de fresques à sujets religieux. La peinture passe à ce moment là d’une évocation de la présence de Dieu à la représentation d’une humanisation progressive des images du sacré. 

 

Ce changement s’explique par l’évolution interne du catholicisme. Des ordres religieux nouveaux apparaissent, comme les Franciscains et les Dominicains, qui ont une autre approche des relations entre le clergé et les croyants. Les nouveaux ordres religieux ont, au contraire, une vocation évangélisatrice. Il s'agit désormais d'aller à la rencontre des chrétiens pour leur expliquer la parole divine.

 

Cet art original, se caractérise non seulement par ses qualités esthétiques, mais aussi par sa valeur religieuse : c’est un art complètement inspiré par la foi chrétienne, ces peintres sont non seulement de grands artistes, mais des hommes profondément habités par le sens du sacré leur venant de la spiritualité chrétienne. Cet art est très influencé par la tradition byzantine qui donnera naissance à l’art des icônes. 

 

Plusieurs éléments permettent d’attribuer avec une quasi certitude « la Vierge à la Cerise » à SANO DI PIETRO, notamment le traitement des drapés, l’expression des visages et les parements du manteau de la vierge. L’œuvre date sans doute de sa période la plus florissante, 1440-1450.

De petites dimensions (0,50 x 0,40) le tableau représente sur un fond d’or, la Vierge placée à gauche, portant l’enfant à droite, dont le front est appuyé contre la joue de sa mère !

L’enfant porte des cerises à sa bouche de sa main droite, tandis que sa main gauche touche ses pieds d’un geste puéril.

 


Ansano di Pietro di Mencio dit Sano di Pietro (Sienne1405 ou 1406 - Sienne, 1481) est un peintre italien et un enlumineur de l'école siennoise du Quattrocento encore imprégnée de la peinture gothique et assimilée à la pré-Renaissance italienne.

 

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L’émotion qu’inspire « la vierge à la Cerise » est liée au traitement des personnages. L’enfant qui joue avec ses orteils est espiègle. La Vierge est grave, le regard triste, comme si elle avait la prémonition de la fin promise de son fils. L’originalité de cette représentation tient aux cerises, peintes dans un second temps. Pourquoi ces fruits ? Symboles du printemps ou du paradis retrouvé ? Le mystère demeure.

 

Le petit format de ce tableau, apparemment d’origine, donne à penser qu’il s’agit sans aucun doute d’une partie d’un triptyque. Tableau de dévotion, peut-être acquis par un particulier qui en aurait fait don au Couvent. Son intérêt exceptionnel vient de ce que la peinture n’a jamais fait l’objet de la moindre restauration, du moindre ajout, à aucune époque. C’est inestimable !

 

Le miracle attribué à la « Vierge à la Cerise » se situe entre 1460 et 1478. Habitué des prières nocturnes devant l’autel de la Vierge, le Frère Pietro Da Brieta d’Oletta fut assailli trois nuits consécutives par les démons qui le flagellèrent et le laissèrent à demi mort. La Vierge lui apparut et le guérit.

 

L’œuvre est donc présente au Couvent d’Alesani depuis plus de quatre siècles. L’original est actuellement conservé pour des raisons évidentes de sécurité au Musée d’Aléria. De très belles copies ornent aujourd’hui l’église conventuelle. La Vierge à la Cerise continue d’être entourée d’une grande dévotion. La foi des fidèles de l’Alesani et des autres pièves ne faiblit pas. Chaque année, le 8 Septembre, elle quitte sous bonne escorte le musée et retrouve son Couvent et ses fidèles.

 

 

Cette foi populaire, intacte, aussi pure que le panneau peint, n’est pas l’aspect le moins émouvant de cette œuvre d’art inestimable.

 

Les autres représentations de la Vierge par Sano di Pietro


Il est intéressant d'observer chez Sano di Pietro sa façon de représenter la Vierge Marie dans ses œuvres. La douceur du regard, l'inclinaison précise de la tête, la finesse des traits du visage : autant d'éléments que l'on retrouve dans la grande majorité des œuvres de l'artiste siennois.

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