La reconstruction du couvent à son emplacement actuel


Les informations sur la construction du nouveau Couvent sont rares et n’apparaissent qu’à la fin du 16ème siècle. Ce qui est certain c’est qu’il existe bien en 1587. Selon les écrits du Père Gonzaga, à cette époque, il ne pouvait accueillir que six frères. Il était donc de dimensions assez modestes, probablement une église flanquée d’une maisonnette.

 

 

Ce n’est qu’après le miracle, toujours selon le Père Gonzaga que le Couvent s’est agrandi. Sa description succincte de l’église fait déjà état d’un autel latéral, situé prés du maître autel, abritant « une très belle et ancienne image de la Vierge Marie ».

 

En 1589, lors de sa visite apostolique, Monseigneur Mascardi évoque « l’église du Couvent Saint François d’Alesani, située au milieu de la piève. Elle est assez vaste, le toit est en charpente, le dallage est tenu par un lit de chaux, elle a deux entrées … dans le dallage plusieurs sépultures … une chaire contre la paroi droite … un autel dédié à la Vierge Marie, un autre à Saint Antoine de Padoue … ». 

 

Selon cette description il semble que l’église conventuelle ait été de dimensions raisonnables, elle était à nef unique. Il est intéressant de noter que des sépultures s’y trouvent déjà. Il est probable que ces sépultures auxquelles Monseigneur Mascardi fait allusion soient celles de religieux, car d’après les actes notariés de cette époque, les enterrements de la population se font dans les églises seulement à partir de 1610. Ce changement de pratiques funéraires, engendré par le Concile de Trente, dans la seconde moitié du 17ème siècle s’est appliqué en Alesani au début du 18ème.

 

A partir de 1600 environ, l’ordre des franciscains en Corse se sépara en deux branches distinctes, outre celle des Capucins : les Mineurs Observants, et les « Riformati » ou « Mineurs réformés de stricte Observance ». Le Couvent d’Alesani releva alors des Mineurs Observants. Les différents écrits ne font pas mention de changements importants à cette époque. Dans la seconde partie du 17ème siècle, le Couvent est toujours composé d’une église à nef unique qui n’a pas été remaniée depuis le siècle précédent et de deux ailes de bâtiments.

 

L’aile Est du couvent semble donc dater de cette période et était composée par la sacristie à l’angle nord, d’un étage et probablement d’une cuisine et d’un réfectoire au  rez-de-chaussée de l’aile sud. A l’étage devait se trouver, de part et d’autre d’un couloir voûté, une douzaine de cellules. Les écrits du Père della Rocca di Rostino en 1716 font état de la présence de dix religieux mais précisent que le Couvent pouvait en accueillir douze. Toujours selon ses écrits, l’aile sud n’est vraisemblablement pas achevée à cette époque et ne le sera que vers 1720.

 

Le Père della Rocca di Rostino, précise encore qu’en 1716, l’église est achevée et que l’on a mis la dernière main à sa voûte. D’après ses structures, une reconstruction intégrale de l’église conventuelle semble donc avoir été réalisée. Elle présente donc un plan général dont les proportions ne peuvent avoir été conçues que pour faire partie d’un ensemble cohérent. Ce plan est d’ailleurs caractéristique de ce qui se construit en Corse en matière d’édifices religieux au 18ème siècle.

 

L’élévation antérieure très simple est d’origine et est aussi typique des églises dites « alla moderna » : de conception baroque en plan et dans ses volumes mais dont la façade principale ne présente pas les éléments travaillés typiques du style. L’église est ainsi constituée d’un vaisseau unique dont les quatre travées, d’ampleur diverse, scandent et dilatent l’espace interne. Depuis l’entrée, où depuis le chœur, les travées vont crescendo jusqu'à la travée centrale et l’autel de la Vierge. Le chœur liturgique, situé derrière le maître autel, vient compléter l’ensemble. Le vaisseau est couvert de voûtes en berceau et par une voûte d’arrêtes à la croisée de la nef.

 

 

Tous ces éléments concordent de manière trop parfaite pour ne pas avoir été pensés, conçus et peut être réalisés par un architecte lors d’une reconstruction globale de l’église conventuelle.

 

Ainsi après la sacristie et la première aile de bâtiments remaniés entre 1660 et 1670 et alors que l’ouvrage de la deuxième aile est terminé vers 1720, l’église conventuelle semble avoir été totalement reconstruite entre 1700 et 1716 : cela fait alors plus de cinquante ans que le Couvent est presque sans cesse en travaux.

 

Sur le plan Terrier dressé en 1775, le Couvent présente un plan carré. La dernière aile du Couvent semble donc avoir été bâtie entre 1716 et 1770. L’ensemble des travaux étaient supportés financièrement par les populations des villages de la piève et que de longues années de cotisations, de quêtes et de dons étaient nécessaires afin de payer les ouvrages qui étaient réalisés par tranches (un peu comme aujourd’hui), au fur et à mesure des fonds récoltés.

 

Le clocher accolé à l’église sur le flanc sud, dans le cloître, dut quant à lui être érigé entre 1730 et 1760 au vu de ce qui reste de son architecture sur les anciennes photos. Le clocher est disproportionné, surtout par rapport à la hauteur de ses étages et les éléments qui le composent laissent à penser que ce sont là des éléments d’un style étranger au Couvent et  à son église. Il est donc facile de penser que le clocher fut construit postérieurement à l’ensemble conventuel, avec plus de recherche mais moins de précautions puisque ses fondations s’affaissèrent jusqu'à ce qu’il s’écroule. La taille et la superficie finales du Couvent démontrent qu’il était destiné à recevoir un grand nombre de religieux. Si l’on se réfère au nombre de cellules et à celui des stalles, on obtient un total d’environ 22 à 26 religieux.

 

Le Père André Marie, auteur de Jalons pour l’Histoire du Couvent d’Alesani, en 1990, propose une solution à cela : « afin d’éviter le risque d’absorption par la province franciscaine de Ligurie, la province Corse s’efforce de changer d’image : elle veut donner à ses religieux une formation solide, reconnue par les meilleures universités et que ses couvents soient moins rustiques … on obtient l’appui de la population locale et on s’aperçoit que les limitations imposées par Gênes aux constructions ne s’appliquent pas aux édifices conventuels. L’émulation joue alors entre les pièves où résident les franciscains … on en arrive à bâtir au-delà même des besoins et les supérieurs des couvents déplacent de temps en temps les communautés. Le Couvent d’Alesani a ainsi peut être été un certain temps, le siège d’un noviciat ».

 

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